How to become Irrésistibles (2022)

placeholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder imageplaceholder image

Pas de poèmes isolés. L’artiste, à elle, tout lui sert

«Après la révolution, qui va
ramasser les ordures lundi matin ? »
Mierle Laderman Ukeles¹

« Si nous devions tout raconter, si nous
voulions raconter les choses telles qu’elles ont lieu,
il nous faudrait une langue pour chaque chose. »
Laura Vazquez²

En 2016, en discussion avec plusieurs personnes à l’école, je me suis investie dans l’élaboration d’un séminaire traitant du champ des pensées féministes en relation avec l’art contemporain. L’époque rendait ces questions nécessaires et en tant que femme artiste, j’en avais le désir depuis longtemps. Tout le monde peut être féministe de bell hooks peinait à se diffuser dans les enseignements, souvent juste intériorisé par les étudiant·es. Puis il y a eu MeToo, les questions autour du genre sont devenues plus présentes, être féministe n’était plus ringard, mais à la mode. J’étais soudain devenue quelqu’une qu’on venait voir pas seulement pour parler de grenouilles de l’Antarctique ou du féminisme... L’école des beaux-arts devenait un lieu où mettre le féminisme en pratique.

Le séminaire s’est transformé grâce aux étudiant·es, c’est devenu un lieu où commencer à chercher sa langue à soi au contact des autres. Quelque chose se déchire et dessous, existe cette langue inventée, neuve, enroulée (spirales des pousses de fougères) ; si tous·tes sont prêtes à l’écouter, elle jaillira. Très souvent, dans cet atelier, les étudiant·es ne possèdent pas le français comme première langue. C’est une langue en marge. Vivre féministe, c’est être en marge, étrangère également. À côté de la langue — de la plaque — reste le meilleur endroit pour écrire.

Pour ma génération, c’était une lutte permanente dans un milieu de l’art patriarcal, machiste, arrogant. Aujourd’hui iels affichent une combativité pleine d’humour et de ressources: une vraie prise de conscience, les yeux ouverts, à vie. Le socle de confiance installé, jouer avec les mots, prendre la parole et à partir de là, rayonner. La pluralité des textes féministes sous leurs yeux, agissent en pop-up de prise de conscience, de qui nous sommes en tant que femmes artistes. Apparaissent au fil des échanges, le vivant du dialogue, de l’écoute, la confiance à déplier entre tous·tes. Lire collectivement les textes, les incarner, les performer, toujours une histoire de corps en fait. Entre iels fusent des critiques généreuses, attentives à ne pas changer leurs langues naissantes, ne pas corriger, juste accompagner le sens au mieux et ôter les éléments de langage qui affaibliraient la direction ou la couleur de l’écrit. Des questions tarabustantes, fondamentales offrent de penser à partir de ses expériences en collectif, tissées avec et dans le tapis. C’est enthousiasmant d’assister à ce foisonnement, à l’éclosion de ces semis !

À partir de là, sabrina soyer a apporté son regard précis sur des récits denses de ce qui fait communauté, a invité des écritures d’auteur·ices, élargissant le champ des dialogues, tout naturellement, en écho. Des traductions collectives, bouillonnantes, nécessairement imparfaites ont permis de s’approprier puis d’habiter un moment dans un style. Celui de Samuel R. Delany, central, comme on se couche dans des draps. Puis repartir le matin, réveillée légèrement loucheuse, changée. Des porte-voix [même chuchotés], des éternuements [irrépressibles], des punchlines [brumisées] pour bien commencer l’été... Hier une étudiante, Apolline me disait : le féminisme c’est avoir partout une maison. Oui, nous habitons des cabanes sur pilotis [avec paréo] au présent et en devenir. Ouvertes à tous les accidents. C’est un peu de ces moments scratchés, que l’on retrouve dans How to become Irrésistibles [visualiser le geste de râper une noix de muscade au-dessus des pages] une constellation orchestrée par sabrina, dans son rapport à d’autres œuvres poétiques, actives persistantes et joyeuses. En tous les cas, nous nous sommes souvent amusées, avons bien débattu, nous nous sommes entendues et écoutées sur le fond et parfois sur la forme. Maintenant c’est l’heure de goûter l’omelette épicée de muscade avec une pointe de piment, celle qui donne la longueur en bouche. Merci à tous·tes ces Irrésistibles. Alors, mangeons.

Marie Legros M

How to become Irrésistibles
Septembre 2022
300 exemplaires
ISSN en cours
Prix de vente 12€

1 Laura Vazquez, La semaine perpétuelle, éditions du sous sol, 2021.
2 Mierle Laderman Ukeles, Manifeste pour l’art de la maintenance, (Manifesto for Maintenance Art), 1969, c’est une artiste encore trop peu connue aujourd’hui, allez voir son travail : https://queensmuseum.org/wp-content/uploads/2016/04/Ukeles-Manifesto-for-Maintenance- Art-1969.pdf

Voir aussi
hc62 Écrire décrire pourquoi
hc89 Dès que j’ouvre un livre de poésie
h01 Sœurs en bocaux
h53 Sommeillent en Gena bien d’autres femmes
r05 Lettre pour et à Yu Wen et Seobin
© Marie Legros M — 2022 — crédits