Les Inrockuptibles n°154 (3 juin 1998)

Marie Legros

Laurence Cabidoche

placeholder image

C’est dans son minuscule deux pièces parisien, en fond de cour à République, que Marie Legros réalise la plupart de ses vidéos et installations. Pour cette grande bavarde de 35 ans, tout a pourtant commencé à New York il y a six ans, par un parcours semé de rencontres chavirantes — notamment Cindy Sherman, “un déclic majeur”. Passée très vire par la case Beaux-Arts, elle préférera finalement vadrouiller en solo et réaliser des vidéos un brin trash — on se souvient du scotchage de cheveux au mur présenté à Masculin/Féminin en 95. Depuis, elle se filme en grande piétineuse d’édredon, s’acharne sur les moquettes roulées des caniveaux parisiens ou suit dans la rue des icônes labellisées Barbie. “Il n’y a que le corps qui m’intéresse, le mien, celui des autres, le corps social. Le corps privé n’existe qu’avec le corps social. Je fais un travail engagé”. Effectivement, Entre les doigts amène doucement à pratiquer la confusion des genres : la position du voyeur sur fond de radio fascisante, tandis qu’à Cahors deux visages surpris dans l’intimité font écho à une femme solitaire qui balance consciencieusement des canettes de bière sur un mur. “Ce qui m’intéresse c’est d’activer un moment présent, le moment de l’expérience.

Laurence Cabidoche

Photo Elie Jorand
Jusqu’au 14 juin au Printemps de la Photographie à Cahors.
Jusqu’au 12 juillet à la Biennale de l’Image de Paris, École des beaux-arts, 13, quai Malaquais

© Marie Legros M — 2022 — crédits