Poésie sonore (1er septembre 1998)

Poésie sonore

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Le son est une matière, et on peut le mettre en espace. C’est ce constat qui motive les recherches des poètes sonores. Alors, ils vont — visuellement et littéralement — pétrir, malaxer, fatiguer, hacher, dénaturer, recomposer, réénergétiser ce corps qu’est le son de la voix. Souffles, cris, chants ou soupirs : l’exploration des possibilités infinies de ce monde oral permet d’accéder à quelque chose de l’ordre de l’ineffable, en-deçà du sens. Mais il peut y avoir des mots aussi. Profusion de mots même. La truculence, le bonheur de la langue, sa sensualité sont mis en avant avec gourmandise. Rabelais n’est pas loin. Encore moins son narrateur, qui entre littéralement dans la bouche de Gargantua pour explorer cet univers buccal en expansion.

Cette année, les poètes invités sont représentatifs de deux courants de la poésie sonore : l’un concret, dit « minimal », surtout visuel ; et l’autre luxuriant, excessif, prolifique. Du côté des rabelaisiens, un événement : Valère Novarina lui-même viendra dire ses textes. Ses énumérations boulimiques, ses listes amoureuses de mots, la fécondité de sa langue sont enivrantes. Il y aura aussi le Français Joël Hubaut, dont la présence scénique est impressionnante de force et de physicalité. Exubérante, sa poésie s’accompagne des objets les plus divers, d’un plastique, d’une plume d’autruche ou d’un rideau qui se trouve là par hasard. Enfin, le Genevois Bernard Schlurik, dont la verve épique, rapide et jaillissante, le rapproche des bons vivants.
Pour ce qui est de la poésie concrète, le père de cette mouvance, Eugen Gomringer, et la Française Marie Legros en seront les représentants. Ici, la poésie se fait avec quelques sons, du silence, un corps et une grande spatialité. Histoire de percevoir ces deux courants, mais surtout de se faire plaisir, Hubertus Biermann interprétera la Ursonate de Kurt Schwitters. Œuvre de référence pour les poètes sonores, elle réunit les deux aspects : minimale car faite de sons primitifs, tout à fait simples et rudimentaires, elle est aussi « maximale », car construite comme un poème, avec des strophes, des thèmes en forme de ritournelle et des variations."

Mardi 5 septembre à 20h00
Bernard Schlurik

Marie Legros

Valère Novarina


Mercredi 6 septembre à 20h00
Hubertus Biermann
Eugen Gomringer
Joël Hubaut

Philippe Buchinger donnera une conférence sur la poésie concrète à 18h00

© Marie Legros M — 2022 — crédits